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Le cinéma Indien a traversé un siècle, qui a vu son cinéma évoluer, s’adapter et se faire le reflet de l’évolution de la place de la femme dans la société.

Les héros potelés ou moustachus et leurs sempiternelles cascades, leur attitude prétentieuse et ridicule ou leur frime s’effacent devant la beauté décomplexée et effrontée des nouvelles amazones de Bollywood.

Depuis Nargis Dutt qui essayait de se désentraver des fers de sa condition dans Mother India jusqu’à Priyanka Chopra incarnant une veuve noire insatiable dans 7 Koon Maaf ou Vidya Balan qui, enceinte, délivre une leçon de courage dans Kahaani, sorties de l’ombre de leur père, de leur mari et de leur frère, le portrait de la femme indienne au cinéma épouse la modernisation de la société.

Société qui ne cesse d’évoluer, obligeant les réalisateurs et scénaristes à sans cesse remanier leurs scripts pour coller à son mouvement d’émancipation.
Le simple stéréotype de la beauté a varié entre la féminité classique, sage au chignon lisse, des Madhubala ou Waheeda Rehman, et celle plus moderne et affirmée des Hema Malini et Rekha, avant de s’ouvrir au style occidentalisé de la reine Aishwarya Rai qui, la dernière, a fait flancher les cœurs.

[notification type= »default »]Evolution du rôle de la femme à Bollywood: [/notification]

Des rôles où les femmes portées aux nues sont présentées comme infaillibles.


Quand elle n’est pas reléguée à l’arrière-plan de l’affiche, la femme est littéralement déifiée, comme l’illustre la pose de Nargis Dutt portant la croix de la condition féminine sur celle de Mother India.

Leurs doléances, leurs désirs, leurs ambitions, leurs sentiments restent absents de la scène.

Il y eut bien quelques tentatives pour contredire cette idéalisation forcenée de la femme. Abhimaan avec Amitabh et Jaya Bachchan s’efforce ainsi de redessiner les rapports au sein du couple. La femme, s’avère être une artiste plus talentueuse que son mari. Mais le scénario reste frileux et préfère explorer à moitié son sujet plutôt que de fâcher le sexe fort car l’héroïne abandonne finalement une carrière musicale qui s’annonçait excitante pour se dédier à l’accomplissement de son homme. Un final conforme à la tradition et ses conventions, qui confinent la femme dans la société indienne à son rôle d’épouse et de mère.

 

 

De belles plantes mettant en valeur le film.


L’attribution du rôle féminin s’est longtemps apparentée à un choix d’ameublement. Destiné à être le faire-valoir de l’acteur, il fallait trouver la plante qui le valoriserait, celle qui s’avérerait suffisamment complémentaire dans son rôle de femme, de mère, de soeur, de fille « fleur bleue » ou de vamp.

[bq_left]Shoma Chatterji, «les femmes dans le cinéma hindi ont un rôle décoratif sans aucune existence propre. Chaque phase de son évolution marque une modification du profil de sa représentation, mais toujours dans le sens d’une interprétation patriarcale. La femme ordinaire, celle du quotidien, n’a pas le droit de cité». [/bq_left] chaque fois qu’une femme apparaît à l’image, elle est représentée comme une consolation ou une motivation pour le héros masculin. Et à la fin ? Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Même libres de se pavaner en tenues impossibles, elles n’ont jamais un mot à dire sur le choix de leur mari. En couple, elles revêtissent l’habit traditionnel et sont ensevelies sous les dorures de leurs innombrables ornements joailliers.

Le changement du rôle de la femme.

Si Bollywood laisse encore aujourd’hui largement sa place à l’homme, les producteurs travaillent à rééquilibrer leurs scénarios pour tenir compte de la diversité que réclame un public indien féminin émancipé.

Les héroïnes sont le plus souvent des féministes démentes, des demoiselles en détresse ou des poupées en strass et paillettes. Ce sont surtout les chansons, parfois sans rapport avec le film, qui font leur réputation et leur popularité. Retour enfin juste du boomerang, elles deviennent parfois emblématiques du film et établissent dans le paysage la voix de leur(s) interprète(s).

Désormais, la paysanne timide ou la beauté fidèle ont fait place à l’amoureuse passionnée et à la femme d’affaire ambitieuse.

Priyanka Chopra ou Parineeti Chopra, dans le sanglant 7 Khoon Maaf et le romantique Ishaqzaade, sont des archétypes de ce revirement. Dans le film Fashion, le portrait de l’industrie de la mode est prétexte à la résilience spectaculaire d’une femme, Meghna Mathur, interprétée par Priyanka Chopra, qui atteint le succès avec une énergie communicative.

Les personnages féminins des films de Madhur Bhandarkar font généralement figure d’exception en assumant leur être et en le revendiquant ; elles s’opposent au conformisme social et excellent dans leur domaine de compétences comme dans les films Chandni Bar (2001), Page 3 (2005), et son petit dernier, Heroine, qui met en vedette la sublime Kareena Kapoor.

Mais la société paraît souffrir de ce revirement et les manifestations récentes contre les atrocités sexuelles commises sur des femmes à Delhi témoignent de sa difficulté à tourner la page de la femme reléguée aux utilités. La libération des moeurs à l’écran est un argument souvent utilisé par les traditionalistes pour justifier les sorties de routes de certains hommes.

[bq_right]Pour le réalisateur indien Sudhir Mishra, «si une chorégraphie présente une femme poursuivie et courtisée par des nuées d’hommes jouant de leurs atours dans un esprit romantique et qu’elle exprime son contentement d’être l’objet de tant d’attention, je ne vois pas en quoi le signal envoyé serait mauvais».[/bq_right]

Malheureusement, cette innocence libérée renvoie encore à de coupables pensées chez certains, incapables de distinguer la pellicule et le monde réel.

Les femmes à l’écran tendent de plus en plus à être le reflet de la femme d’ aujourd’hui, au point de faire parfois disparaître toute différence entre réalité et fiction. A l’occasion de la Journée internationale de la femme, le réalisateur Mahesh Bhatt a déclaré qu’« en Inde, il nous est impossible de tirer des conclusions définitives sur la nature progressiste ou régressive du portrait que nous faisons de la femme à Bollywood. A titre personnel, je sais que j’aime faire tourner mes films autour d’un personnage féminin fort. Les ligues de vertu et les conservateurs me pointent souvent du doigt pour les tenues scandaleuses et les attitudes provocantes qu’adoptent mes héroïnes, mais aucun ne pourra me reprocher de ne pas les avoir libéré de leur propre destinée. Elles vivent maintenant dans la dignité sans avoir besoin du soutien d’un homme ; les nouvelles icônes qui personnifient, pour moi, cette féminité émancipée sont Shabana et Vidya Balan ».

SOURCE : Indes Magazine par Jasleen Kaur.

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